Spectacle électoral et public indécis

J’ai commencé cet article il y a un mois, et je me dis que si vous ne savez pas pour qui voter dimanche prochain, j’aurais seulement un conseil : demandez-vous ce qui est vrai. Quelles sont nos institutions, notre histoire, la vie des personnes que vous côtoyez, la place de notre pays dans le monde, et demandez-vous qui est vraiment la personne pour qui vous voterez, et, surtout, ce qu’elle respecte de toutes ces choses qui continueront d’exister quoi qu’elle fasse pendant cinq ans.

Le Parti Socialiste a perdu l’essentiel de son intérêt en préférant les discours à l’intelligence, et la gestion des carrières politiques à la formation d’une société engagée. À mes yeux, il n’a aujourd’hui plus de valeur pour ceux qui ne lui sont pas redevables ou n’en vivent pas. J’ai personnellement pris peu de plaisir à observer les débats qui ont assuré la discorde durant tout le quinquennat, et personne n’en est sorti gagnant. Cela a abouti à un parti naufragé, ce que corrobore les chiffres, qu’ils soient ceux des départs de militants (plus de 100 000 en dix ans), ou ceux des votants lors de la dernière primaire (800 000 de moins qu’en 2011, soit 2 millions seulement). Une primaire d’ailleurs qui, sans candidat stratégique pour une gauche déjà au pouvoir, fut aussi tardive que grotesque. La gauche s’est donné les moyens de perdre.

Le candidat Jean-Luc Mélenchon a fait sécession du PS il y a près de dix ans, lors du Congrès de Reims de 2008, celui même qui vit l’élection de Martine Aubry à la tête du parti, et lors duquel il avait soutenu la même motion que Benoît Hamon, lui-même aujourd’hui candidat, avec le député Jean-Marc Germain pour directeur de campagne, proche parmi les proches de la première secrétaire d’alors, et meneur notoire de la fonde parlementaire de ce quinquennat. La vie politique est bien curieuse. Mélenchon vit grâce à la politique depuis maintenant trente et un ans (sénateur dès ses 35 ans !), et il m’est bien difficile de dire ce qu’il a concrètement apporté au pays durant cette belle carrière. De mon avis, son projet est un fantasme qui, par définition, ne s’embarrasse pas des limites de la réalité, après tout, sa biographie politique n’est pas plus exemplaire que la moyenne des apparatchiks (par exemple, il est classé environ 500e sur 751 pour son absentéisme au Parlement européen) .

J’ai adhéré à sa création à l’association d’Emmanuel Macron, je n’ai toutefois pas trouvé le cœur à m’y engager. Pourquoi ? Non pas principalement parce que je ne cautionne pas tout dans son rapport au pouvoir et aux faibles, ni parce que l’intelligence que je lui reconnais m’apparaît trop élitiste pour être juste. À mon sens, il fait tout d’abord le pari risqué d’une troisième voie, qui, compte-tenu des forces en présence, menace depuis le départ de diviser plus encore. Il fait aussi la promesse, et c’est pour moi son principal attrait, d’adapter la vie politique au monde (et non l’inverse). Toutefois, il procède d’un mouvement qu’il a lui-même créé, portant ses propres initiales, dont le principal objectif est de gagner en son nom, avec des méthodes, des éléments de langage et une équipe qui ressemblent à n’importe quelle organisation de campagne (forcément moderne et innovante, nous sommes en 2017 !) . Je pense néanmoins voter pour lui, bien que je doute qu’il revitalisera plus qu’hier l’engagement politique dans la durée.

Depuis de nombreux mois, j’ai le sentiment que les discussions politiques accaparent essentiellement les personnes politisées, j’entends par là ceux qui en vivent, ceux qui vivent pour cela, ceux qui commentent, ceux qui sont engagés, ceux qui sont convaincus, en somme tout ceux qui se repèrent dans les oppositions peu terre-à-terre qui animent cette campagne électorale. Toutes ces personnes, qu’elles soient inquiètes ou optimistes, aiment parler du pouvoir, des personnalités qui le détiennent, des programmes, de l’administration, de l’économie, tout cela dans le registre cloisonné de la politique. S’ils sont partisans, les clivages leurs conviennent, s’ils sont abstentionnistes, le pire leur est aussi égal. J’ai l’impression que les électeurs sont lassés, et c’est un aussi signal d’alerte, car autant de déconnection mène à l’impasse.

La droite a adopté une conduite malhonnête, avec un candidat dont le rapport à l’argent et aux institutions se passe de commentaire. La stratégie qui est la sienne est maintenant d’imposer l’alternance par la cohabitation, pensant fit du scrutin pour la présidence en visant l’Assemblée, car elle pense avoir un droit au pouvoir supérieur à la démocratie. Je crois aussi qu’une partie des barons de droite est d’ores et déjà capable de s’allier au Front National si ce projet venait à échouer, car tout résultat appelle à des choix, pour survivre, mais aussi, plus préoccupant, par une adhésion sincère aux thèses nationalistes, xénophobes, ou simplement populistes.

Un État ne rencontre pas souvent dans son histoire une telle crise démocratique, espérons qu’elle ne débouche pas sur une catastrophe politique. Notre pays s’est plusieurs fois distingué par sa nostalgie, que ce soit par peur du déclin ou par une impossibilité à lire l’avenir, donnant vie à des politiques réactionnaires et iniques. Cela n’a jamais fait honneur aux Français, ils en ont souffert, et ces épisodes sont encore maintenant difficiles à regarder, mais heureusement la majorité ne peut s’engager vers cela que par accident.

Nous sommes à deux semaines du premier tour de l’élection présidentielle et je pense que Marine Le Pen peut être élue. J’espère me tromper, mais il est presque acquis que les électeurs renforceront de nouveau le poids de son parti dans l’arène politique. De plus, de nombreux candidats font des propositions que l’on peut critiquer, mes plus dangereux encore me semblent ceux qui ont des idées catégoriques, voire ouvertement agressives, à propos de pans entiers de notre société qu’ils ne réformeront pas sur la base d’un scrutin. Marcel Proust, évoquant les anti-Dreyfusards, écrivait ceci : « On est l’homme de son idée ; il y a beaucoup moins d’idées que d’hommes, ainsi tous les hommes d’une même idée sont pareils. Comme une idée n’a rien de matériel, les hommes qui ne sont que matériellement autour de l’homme d’une idée ne la modifient en rien. ».

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