Naufrage de la politique en France

Nous sommes le 6 décembre 2015 entre 19h et 20h. Les résultats de l’élection régionale française seront bientôt connus. J’en profite pour retranscrire ce que je pense de l’actuel échec de la vie politique française.

 

La désaffiliation et le choix de ne pas prendre part

C’est une évidence, les français se désintéressent de la vie politique, en atteste la chute du nombre d’adhérents des partis, ou pire, la baisse dangereuse de la participation aux élections. C’est un choix qui n’est pas sans conséquences : les partis sont de plus en plus renfermés sur eux-mêmes, les élus apparaissent de moins en moins légitimes, les choix des représentants critiqués, et les électeurs déçus. L’extrême droite progresse.

Ceci est d’autant plus grave que, quoiqu’en pensent les mécontents, les règles du jeu démocratique font et défont le pouvoir et restent inchangées, qu’ils s’agissent des lois ou des conventions non écrites, elle ne changerons pas avec le désengagement des citoyens. Leur demande de participer n’étant entendable que s’ils s’en donnent les moyens par ailleurs, est-ce à dire qu’il faille leur donner tort ? La vie politique n’attire pas, l’irresponsabilité des citoyens ne fait pas tout, elle est peut-être même plus la conséquence que la cause du problème.

Professionnalisation, lobbying, spectacle

Il me semble que des phénomènes font structurellement obstacle à l’implication des citoyens.

La professionnalisation tout d’abord, c’est elle qui exclue les personnes qui ne se consacrent pas à la politique ou n’en tiennent pas leur situation. Qu’il s’agisse d’un savoir-faire, d’une formation ou de moyens pour décider, c’est ce qui fait que des sujets arides, techniques, se trouvent régulièrement colorés politiquement, qu’ils monopolisent un débat, clivent, et très souvent détournent d’eux ceux qui n’y entendent rien ou refusent de fonder des convictions pour ces thèmes souvent imposés par exagération. Être professionnel de la vie politique, c’est en vivre, c’est quotidiennement en faire son agenda, c’est, par contrat ou par mandat, avoir la sécurité d’occuper ce terrain et en faire son propre jeu.

La place du lobbying, ou des groupes d’intérêts, c’est l’existence de rapports de force pesants, omniprésents, ou envahissants, mais pourtant discrets et infiniment moins légitimes que la démocratie représentative. Le lobbying, c’est ce qui fait que des réformes échouent ou que des sujets majeurs demeurent intraités, c’est ce qui justifie des changements discrétionnaires, des demie-mesures, un « juste équilibre » jamais contredit. Le jeu démocratique occupé de petits arbitrages est ainsi bien trop vulnérable. Quoiqu’il demande du dialogue et l’écoute des corps intermédiaires, confondre la partie avec le tout, le particulier et le général, c’est corrompre le pouvoir qui a été confié et l’affaiblir de la même manière.

Le spectacle enfin, celui que pouvait le décrire un Guy Debord d’une critique pleine d’amertume : « Le spectacle est le mauvais rêve de la société moderne enchaînée, qui n’exprime finalement que son désir de dormir. Le spectacle est le gardien de ce sommeil. ». Combien de discours politiques paraissent faux, écrits pas d’autres, tout comme les livres, les courriers, les idées. Cette place disproportionnées laissée à la propagande, aux éléments de langage, ces mots magiques, falsifie et tue la médiatisation entre le citoyen et le poltique. Dévoyés, les logos, les visages, les noms, et même les idées servent de prête-noms, de symboles pour imposer le pouvoir. Les unes de journaux, l’actualité perpétuelle, le flux des réseaux sociaux donnent un sens fallacieux et une symbolique creuse à la vie politique, ceci au détriment de la réalité et des actions concrètes qu’attendent les citoyens.

La démocratie est le seul rempart au clientélisme et à la technocratisation

Les personnes qui s’engagent en politique ne sont pas malhonnêtes, elles doivent elles-même composer entre deux nécessités dangereuses pour la vie démocratique : le clientélisme et la technocratisation. Les trois phénomènes que viens de décrire ne sont pas des fatalités, mais ils nourrissent ces deux tendances dont la logique est étrangère à la démocratie et à l’intérêt général.

La technocratie désigne non un réel pouvoir des technocrates, mais plus souvent la caricature d’une administration en autonomie, livrée à ses mandarins en lieu et place des politiques démocratiquement élus. Le débat politique en pâti et voit se renforcer l’attention accordée aux experts, aux rapports, aux conseillers dont le rôle n’est justement pas de dire ce qu’ils pensent, mais ce qui pourrait être fait. Elle se renforce par l’absence de parler vrai (quand d’autres agissent vraiment) ou le peu de cas que font les partis de la formation de leurs adhérents.

Le clientélisme, c’est le fait de rechercher des soutiens sur un mode quasi féodal, pyramidal, vassalique. Ainsi, la politique conduit à nouer des jeux d’alliance, à s’assurer de ne pas être contredit, à pouvoir déléguer en parfaite confiance, à circonscrire tout pronostic d’investiture en sa propre faveur. C’est une méthode légale, mais dangereuse pour l’expression d’une démocratie sereine, car elle est faite de contreparties et de dépendances. Des organisations partisanes exsangues et au fonctionnement endogène ne sont plus à même d’offrir mieux que cela. En corolaire, leur isolement les conduits à s’appuyer plus fortement sur des professionnels, des groupements d’intérêts, et un écran de spectacle.

 

La démocratie prend du temps, demande des connaissances, elle exige de l’argent (pour faire campagne, pour s’engager sans dépendre de celui des autres), elle demande aussi qu’on en parle vraiment et n’est efficace que lorsqu’elle est largement partagée. Je souhaite que mes concitoyens  s’en soucient et fassent les efforts qui s’imposent, sans quoi la crise politique que nous traversons deviendra un jour une crise démocratique.

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