Les associations, palliatifs à la crise de l’Université ?

J’ai découvert l’engagement associatif à ma cinquième année dans l’enseignement supérieur, expérimentant tardivement ce système de solidarité. Sans avoir souffert de solitude, force est de constater que les cours en eux-mêmes s’étaient révélés incapable de recréer la camaraderie parfois présente à l’école. L’Université française propose aujourd’hui de piètres solutions pour la mise en relation de ses étudiants, les bancs des universités, plus encore que ceux de l’école, sont malheureusement incapable de pallier à l’anomie de l’encadrement. Les associations se révèlent alors les seules structures à même de corriger cette précarité relationnelle. Sans chercher à donner une approche exhaustive du problème, ce billet d’humeur se borne à souligner l’apport fait par la vie associative, dans ses limites et ses possibilités.

Il est question ici de parler de la socialisation comme un processus civique, et non de réussite individuelle. En effet, réussir à l’Université demande simplement de travailler, les examens ne demandant pas d’avantage. On objectera cependant que certains facteurs sont des leviers particulièrement discriminants : puissance du réseau familial et solidarités militantes d’une part, obligations contractuelles et isolation sociale d’une autre contribuent fortement à forger le climat d’insertion de l’étudiant. Ces facteurs, très certainement décrits dans la littérature savante, comptent d’ailleurs parmi ceux qui peuvent influencer les choix contraints du cursus post-bac : prix de l’école, connaissance de la carte scolaire, mise en relation pour la recherche de stage ou d’emploi, assimilation de la culture générale requise, adéquation de la vie privée avec les contraintes de la vie professionnelle. Dans un système utopique, les centaines d’étudiants qui s’assoient chaque année sur les bancs de l’université le seraient également sur un potentiel social phénoménal : nombre de rencontres accrues, partage de savoir largement offert, ouverture d’esprit par la proximité des autres disciplines, émulation décuplée par la camaraderie. Or il n’en est rien : les étudiants ne se connaissent pas, les cours sont simplement didactiques et l’entraide se réduit à un tutorat de bonne conscience. Ce dernier dispositif, peu connu, rarement suivi en masse, trouve probablement son plus grand succès dans les études de médecine où la compétition fait rage. Que font les étudiants ? Ils échouent dans des proportions statistiques à la première année, à la différence des étudiants de classe préparatoires et de grandes écoles.

Qu’est-ce qui ne va pas ? L’université est incapable de créer un sentiment d’appartenance la fac ne sait pas fonctionner en réseau, les diplômes ne portent pas la valeur ajoutée de l’établissement. Hormis en droit, en médecine, en pharmacie, où l’esprit de corporation est sans doute rester plus tenace par la tradition libérale de ces enseignements, le sentiment d’appartenir à une formation reconnue ne semble pas se faire. Les associations offrent la possibilité aux étudiants d’y parvenir, c’est le cas des corporations, le cas des syndicats, le cas des bureaux d’étudiants. Pour revenir sur ces trois catégories. La première est héritée de l’histoire de l’université, le corporatisme comme son nom l’indique colle à l’idée que le corps s’identifie en l’occurrence à sa formation. Le processus a des effets vertueux, mais sa dimension endogame n’est pas en revanche un gage d’ouverture et de réciprocité. Les syndicats ont une raison d’être tout à fait légitime qui est celle de représenter les étudiants et de faire valoir leurs droits, ce qui favorise l’intérêt général des étudiants dans les instances représentatives. La légitimité est celle du vote, le mode de fonctionnement celui du clivage, la corrélation de la construction personnelle et de la représentation politique confère à ce type de structures un parfum de carriérisme — une remarque qui vaut malheureusement pour la vie politique en général. Entre la corporation et le syndicat existent les fédérations étudiantes, si leurs objectifs sont d’une bienveillance parfaite. Il faut cependant noter que leur rejet du parti pris et leur légitimité de terrain conduit parfois à neutraliser l’objectif de représentation politique et leur capacité de fédération. Dans l’exagération, les bureaux étudiants ne se préoccupent pas de la formation et ne s’intéressent pas non plus aux conseils, ils sont en accord avec le principe d’animation de la vie étudiante. Le problème de l’animation en soit, c’est que la beauté du geste se perd à ne plus chercher d’ancrage, la raison existentielle qui fait un étudiant se sont ces études.

D’autres types d’associations ont émergé, articulant utilité et mise en relation, études et réflexes professionnels. À la différence des structures évoquées plus haut, ces associations tiennent un discours sur l’insertion professionnelle des étudiants et fournissent également des outils pour appuyer les projets des étudiants. Le problème de l’étudiant c’est de savoir se penser et penser son environnement pour pouvoir ensuite aller sur le marché du travail, en revanche, elles ne gardent pas pour perspective un seul objectif : une majorité politique, une représentation de filière, le divertissement, etc. Pour offrir le nécessaire, les associations estudiantines doivent permettre aux étudiants de se saisir eux-même et d’abolir les frontières entre la formation et le monde professionnel. Le dépassement de la formation en soi, l’aide à la mise en pratique de savoir, le montage de projets, la mise en réseau, la structuration des filières sont autant d’appuis utiles que les associations peuvent fournir à l’Université.

Le modèle de l’enseignement supérieur est sclérosé et doit se saisir : didactisme des cours, manque d’encadrement, atomisation sociale des étudiants, formations aussi peu structurées que les intitulés de diplômés (qualifiés de baroque par Madame la ministre). L’université a pourtant des enseignants très compétents, des locaux en nombre et un système de partage de connaissances performant. Avec des budgets par têtes ridicules comparés à la conférence des grandes écoles, l’université parvient à former. Pour qualifier les étudiants, il lui peut-être à réduire son approche de la professionnalisation par la recherche (qui a cependant des besoins) ou sa sur-spécialisation disciplinaire (qui fait l’excellence de ses enseignants mais désarme les étudiants d’outils d’adaptation), mais surtout offrir aux étudiants un vrai cadre de construction professionnel.

Au delà, les bases d’une vie professionnelle construite dans le cadre d’un engagement associatif sont favorables à la formation de futurs citoyens. Pour autant qu’il n’est jamais désintéressé ou infructueux, le temps accordé pour ces activités n’en reste pas moins bénévole, socialement ouvert, et humainement utile.

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