Casuistique coupable et rhétorique populiste chez les partisans de la seule et vraie gauche

Après le naufrage intellectuel, partisan, et maintenant électoral du Parti Socialiste, voici revenue l’irresponsabilité forcenée de la gauche radicale. Forte de son succès lors du scrutin du 23 avril 2017, elle revendique incarner la gauche authentique et légitime. Pourquoi pas, mais qu’elle le prouve, et, si possible, qu’elle se garde de telle prise à parti lorsque l’enjeu porte sur l’accession du Front National à l’Elysée.

Jean-Luc Mélenchon a sa casuistique*, consistant, après un silence dérangeant, à appeler à ne donner aucune voix au Front National. Comprenez donc que, en pratique, l’abstention ou le vote blanc, et même le vote nul, feront parfaitement l’affaire pour suivre cette consigne. Comprenez aussi que ne pas appeler à voter Emmanuel Macron, c’est n’est bien sûr pas le soutenir, au cas où il serait ainsi permis de douter du positionnement de la France Insoumise. La droite républicaine n’a pas jugé utile d’exprimer tant de nuances, elle-même qui a pourtant soutenu Fillon jusqu’à se perdre et qui veut imposer maintenant une cohabitation par la force. La démarche ainsi amorcée par Jean-Luc Mélenchon est à mon sens plus insidieuse, il s’agit de condamner le candidat, d’estimer que, s’il n’est pas l’égal du Front National, il ne saurait pour autant protéger contre le péril que ce dernier représente. Cela est gênant, d’autant plus qu’il s’agit d’un calcul, oui un calcul, lequel parie sur une situation extrêmement préoccupante et bien réelle : l’extrême droite est plus proche que jamais de la présidence. Marine Le Pen ne gagnera peut-être pas, mais, même perdante, elle brigue un plébiscite qu’elle a presque déjà obtenu. L’extrême droite est plus que jamais ancrée dans la vie politique française. Tout ceci est calculé bien sûr, il s’agit de capitaliser pour la législative, voire pour la prochaine présidentielle, mais à quel prix ? Je suis de gauche et ce raisonnement me gêne profondément.

Ces arguties coupables sont pour moi la preuve d’un populisme authentique, en plus d’être accessoirement la marque d’une escroquerie intellectuelle. Ainsi peut-on lire qu’Emmanuel Macron serait responsable de cette montée de l’extrême droite, tout simplement parce qu’il ne présente pas une alternative assez forte (l’alternative assez forte ayant échoué à se qualifier au second tour), ou parce qu’en héritier de François Hollande il serait comptable des scores du FN aux élections intermédiaires. Par analogie, parce qu’il n’apporterait qu’une prophylaxie de circonstance, Macron serait porteur de la maladie elle-même, et de citer Hannah Arendt : « Politiquement, la faiblesse de l’argument du moindre mal a toujours été que ceux qui choisissent le moindre mal oublient très vite qu’ils ont choisi le mal » (Responsabilité et jugement, écrit à la fin de la vie de la philosophe, ce texte publié à titre posthume revient notamment sur la notion de « banalité du mal », le mal en question étant l’horreur des crimes nazi incarnée par le lieutenant-colonel Eichmann). Rangez-donc ces bréviaires de révolutionnaires d’amphithéâtre et d’intellectuel du tweet, et interrogez-vous sur ce qu’est le mal.

Je lis également souvent : « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres » (Antonio Gramsci, dans les Cahiers de prison), en l’occurence elle signifie deux choses. La première parce que Gramsci symbolise un attachement communiste – sinon marxiste -, on vient signifier que le monstre n’est pas la bonne gauche, et, puisque c’est elle qui nomme ces monstres, elle ne saurait en être un. La seconde signification, en référence à une pensée gramscienne résumée à un combat culturel (de gauche) contre l’économicisme (pas de gauche), permet de refuser toute compromission avec un pensée économique libérale ou capitaliste au profit d’une lutte culturelle pour un monde autrement. Remarquons que, par les temps qui courent, cette notion de combat culturel a aussi été récupérée par la droite identitaire, par l’expression de personnage comme Patrick Buisson ou Alain de Benoist. Cet amalgame a deux avantages : elle évite toute réflexion sur ce que peut-être une politique qui compose avec l’économie de marché, mais elle contourne aussi tout débat possible sur la pertinence d’autres politiques, les assimilant bloc à une pensée « néolibérale », pour ne pas dire « impérialiste », « bourgeoise », et « procapitaliste ». Pourtant, Macron n’est pas plus proche de Nicolas Sarkozy ou François Fillon que de Margaret Thatcher ou Ronald Reagan, ne nous trompons donc pas d’ennemi. Demandez-vous de quoi on parle exactement, et cessez-donc ces parallèles grotesques et irresponsables. Demandez-vous aussi qu’est-ce qu’est un monstre au pouvoir, ce que l’on peut qualifier de totalitaire, et ne vous contentez pas d’appuyer vos circonlocutions de citations de Noam Chomsky.

Devrions-nous préférer cette phrase de Camus ? « Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse. » (discours à l’Hôtel de Ville de Stockholm pour le banquet Nobel du 10 décembre 1957, intervention au cours de laquelle l’écrivain s’exprime sur sa responsabilité par rapport au monde). Je ne le crois pas, car l’histoire ne se résume pas à des aphorismes, même bien sentis, et, surtout, quoiqu’on pense du destin de chacun, celui-ci ne se décrète pas, tout juste peut-on y donner du sens. Je préfèrerais modestement qu’on accepte que la crise politique actuelle n’est pas une crise démocratique, dans la mesure où les règles du jeu démocratique n’ont pas été bafouées. C’est une crise des partis, ou tout du moins des partis majoritaires traditionnels. C’est en partie une crise de confiance, car, si le quinquennat qui s’achève n’a à mon sens pas renié l’esprit de son élection, il faut reconnaître qu’il a apporté des désillusions quant à ses promesses. Enfin, c’est une crise populiste, en atteste la multiplication des fausses informations, des appels au peuple comme substitut au suffrage, et des postures tribuniciennes par des personnages vivant de la politique depuis plusieurs décennies. La règle de l’élection présidentielle est la suivante : son scrutin est uninominal majoritaire à deux tours et seuls les deux candidats arrivés en tête sont qualifiés pour le second. Au-delà du moment que nous vivons, toute diversion pour contourner cette règle n’est que tactique, pour des échéances dont les circonstances sont encore inconnues.

*terme employé de façon péjorative pour désigner un raisonnement insincère, synonyme d’escobarderie (« un subterfuge, action ou parole équivoque, simulation ou dissimulation adroite destinée à tromper sans mentir précisément. » source : wiktionary.org)

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Spectacle électoral et public indécis

J’ai commencé cet article il y a un mois, et je me dis que si vous ne savez pas pour qui voter dimanche prochain, j’aurais seulement un conseil : demandez-vous ce qui est vrai. Quelles sont nos institutions, notre histoire, la vie des personnes que vous côtoyez, la place de notre pays dans le monde, et demandez-vous qui est vraiment la personne pour qui vous voterez, et, surtout, ce qu’elle respecte de toutes ces choses qui continueront d’exister quoi qu’elle fasse pendant cinq ans.

Le Parti Socialiste a perdu l’essentiel de son intérêt en préférant les discours à l’intelligence, et la gestion des carrières politiques à la formation d’une société engagée. À mes yeux, il n’a aujourd’hui plus de valeur pour ceux qui ne lui sont pas redevables ou n’en vivent pas. J’ai personnellement pris peu de plaisir à observer les débats qui ont assuré la discorde durant tout le quinquennat, et personne n’en est sorti gagnant. Cela a abouti à un parti naufragé, ce que corrobore les chiffres, qu’ils soient ceux des départs de militants (plus de 100 000 en dix ans), ou ceux des votants lors de la dernière primaire (800 000 de moins qu’en 2011, soit 2 millions seulement). Une primaire d’ailleurs qui, sans candidat stratégique pour une gauche déjà au pouvoir, fut aussi tardive que grotesque. La gauche s’est donné les moyens de perdre.

Le candidat Jean-Luc Mélenchon a fait sécession du PS il y a près de dix ans, lors du Congrès de Reims de 2008, celui même qui vit l’élection de Martine Aubry à la tête du parti, et lors duquel il avait soutenu la même motion que Benoît Hamon, lui-même aujourd’hui candidat, avec le député Jean-Marc Germain pour directeur de campagne, proche parmi les proches de la première secrétaire d’alors, et meneur notoire de la fonde parlementaire de ce quinquennat. La vie politique est bien curieuse. Mélenchon vit grâce à la politique depuis maintenant trente et un ans (sénateur dès ses 35 ans !), et il m’est bien difficile de dire ce qu’il a concrètement apporté au pays durant cette belle carrière. De mon avis, son projet est un fantasme qui, par définition, ne s’embarrasse pas des limites de la réalité, après tout, sa biographie politique n’est pas plus exemplaire que la moyenne des apparatchiks (par exemple, il est classé environ 500e sur 751 pour son absentéisme au Parlement européen) .

J’ai adhéré à sa création à l’association d’Emmanuel Macron, je n’ai toutefois pas trouvé le cœur à m’y engager. Pourquoi ? Non pas principalement parce que je ne cautionne pas tout dans son rapport au pouvoir et aux faibles, ni parce que l’intelligence que je lui reconnais m’apparaît trop élitiste pour être juste. À mon sens, il fait tout d’abord le pari risqué d’une troisième voie, qui, compte-tenu des forces en présence, menace depuis le départ de diviser plus encore. Il fait aussi la promesse, et c’est pour moi son principal attrait, d’adapter la vie politique au monde (et non l’inverse). Toutefois, il procède d’un mouvement qu’il a lui-même créé, portant ses propres initiales, dont le principal objectif est de gagner en son nom, avec des méthodes, des éléments de langage et une équipe qui ressemblent à n’importe quelle organisation de campagne (forcément moderne et innovante, nous sommes en 2017 !) . Je pense néanmoins voter pour lui, bien que je doute qu’il revitalisera plus qu’hier l’engagement politique dans la durée.

Depuis de nombreux mois, j’ai le sentiment que les discussions politiques accaparent essentiellement les personnes politisées, j’entends par là ceux qui en vivent, ceux qui vivent pour cela, ceux qui commentent, ceux qui sont engagés, ceux qui sont convaincus, en somme tout ceux qui se repèrent dans les oppositions peu terre-à-terre qui animent cette campagne électorale. Toutes ces personnes, qu’elles soient inquiètes ou optimistes, aiment parler du pouvoir, des personnalités qui le détiennent, des programmes, de l’administration, de l’économie, tout cela dans le registre cloisonné de la politique. S’ils sont partisans, les clivages leurs conviennent, s’ils sont abstentionnistes, le pire leur est aussi égal. J’ai l’impression que les électeurs sont lassés, et c’est un aussi signal d’alerte, car autant de déconnection mène à l’impasse.

La droite a adopté une conduite malhonnête, avec un candidat dont le rapport à l’argent et aux institutions se passe de commentaire. La stratégie qui est la sienne est maintenant d’imposer l’alternance par la cohabitation, pensant fit du scrutin pour la présidence en visant l’Assemblée, car elle pense avoir un droit au pouvoir supérieur à la démocratie. Je crois aussi qu’une partie des barons de droite est d’ores et déjà capable de s’allier au Front National si ce projet venait à échouer, car tout résultat appelle à des choix, pour survivre, mais aussi, plus préoccupant, par une adhésion sincère aux thèses nationalistes, xénophobes, ou simplement populistes.

Un État ne rencontre pas souvent dans son histoire une telle crise démocratique, espérons qu’elle ne débouche pas sur une catastrophe politique. Notre pays s’est plusieurs fois distingué par sa nostalgie, que ce soit par peur du déclin ou par une impossibilité à lire l’avenir, donnant vie à des politiques réactionnaires et iniques. Cela n’a jamais fait honneur aux Français, ils en ont souffert, et ces épisodes sont encore maintenant difficiles à regarder, mais heureusement la majorité ne peut s’engager vers cela que par accident.

Nous sommes à deux semaines du premier tour de l’élection présidentielle et je pense que Marine Le Pen peut être élue. J’espère me tromper, mais il est presque acquis que les électeurs renforceront de nouveau le poids de son parti dans l’arène politique. De plus, de nombreux candidats font des propositions que l’on peut critiquer, mes plus dangereux encore me semblent ceux qui ont des idées catégoriques, voire ouvertement agressives, à propos de pans entiers de notre société qu’ils ne réformeront pas sur la base d’un scrutin. Marcel Proust, évoquant les anti-Dreyfusards, écrivait ceci : « On est l’homme de son idée ; il y a beaucoup moins d’idées que d’hommes, ainsi tous les hommes d’une même idée sont pareils. Comme une idée n’a rien de matériel, les hommes qui ne sont que matériellement autour de l’homme d’une idée ne la modifient en rien. ».

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À quoi servent les partis ?

J’essaye ici de dire ce qui est à mon sens aujourd’hui constitutif des partis, mais fait obstacle au renouvellement et à la crédibilité des personnes qui font la vie politique. J’ai adhéré huit ans à un parti, mais je me pose encore la question de renouveler cet engagement.

 

Fédérer des personnes et former une culture politique

L’idée qui m’est venue lorsque j’avais la première fois assisté à des réunions de parti, puis pris ma carte, c’était que je rejoignais un grouper que je voyais comme représentatif de l’engagement citoyen que je voulais donner. Ce parti, avec tout ce qu’il pouvait embarquer d’idées, de programmes, de valeurs, d’élus, et de militants, avec ses atouts comme ses contradictions, était pour moi le lieu légitime pour affirmer un engagement et former une réflexion. Je ne le faisais donc pas prioritairement pour militer, pratique dont je n’avais ni l’habitude, ni le savoir-faire. Ce groupe était, en toute transparence, celui qui pouvait publiquement prétendre avoir une utilité réelle dans la vie politique, et il regroupait aussi le plus grand nombre. Aujourd’hui les partis perdent leurs adhérents, en France comme en Europe.

Je fus aussi en partie étonné et en partie séduit par le caractère professoral de ces réunions. Tous les meetings et les assemblées auxquelles j’ai pu assister consistaient, ni plus, ni moins, qu’à écouter quelqu’un parler, puis à faire part d’un avis nuancé ou abondamment pareil à celui de l’orateur. Il s’agissait toujours de dire ce qui fait ou pouvait faire la politique locale ou nationale. C’était donc très instructif, car l’on comprenais, par les limites de l’énoncé, l’idée que la personne se faisait de l’action politique, et, par son contenu, on finissait par apprendre (mais de façon imparfaite), ce qui concrètement fait la politique. Seulement voilà, je n’ai pas trouvé mieux, à part quelques rendez-vous thématiques, ou des invitations de parleurs plus qualifiés, le parti ne formait pas à parler par soi-même, mais à reproduire des opinions sur l’actualité et les thèmes en vogue ; mais écouter pouvait suffire. Les partis ne sont plus là pour former leurs adhérents à comprendre et à faire par eux-même, car des formations pourvoient le personnel qualifié (en droit, en action publique, en communication, etc.), ce même personnel qui travaille pour les élus. Les adhérents sont de fidèles spectateurs qui, malheureusement, ne se transformeront pas en participant simplement à ce qu’on leur propose. La transmission est donc en panne.

Organiser la main d’œuvre militante

Les adhérents de partis qui ont connu une période électorale sauront de quoi je parle. Lors d’une campagne, le responsable de la cellule (de la section, du groupe local, ou peu importe le terme), se transforme alors en un brillant contremaître. Il propose alors plannings, actions pratiques sur les marchés, au pied des boites aux lettres, et sur les paliers des logements. Les horaires sont en soirée, parfois en matinée, aux jours de chalandise, souvent sur des entre-temps peu propices à la sociabilité immédiate, et pas toujours évidents pour espérer gagner la patience des électeurs démarchés. Celui qui ne faisait jusque-là que vous serrez la main vous donne son téléphone portable, si vous avez de la chance vous partagez ensuite un café ou un verre avec l’équipe du moment (ce sont les meilleurs instants), si vous êtes malchanceux, vous enchaînez douze paliers et quarante-huit boites aux lettres sans croiser aucun camarade de lutte. J’ai réfléchi à caractériser ce bénévolat, le mode de travail de cet engagement, et je trouve qu’il mérite autant l’appellation de l’intérim militant que du street-marketing bon teint. Les élus ne font pas beaucoup cela eux-mêmes (à moins qu’ils aient gros à gagner ou à perdre) et les « chefs » sont rarement assez disponibles pour que ce soit l’occasion de sympathiser. Les adhérents croient que c’est ce qui fait d’eux des militants et les rend légitimes. On ne sait pas si ces démarches sont efficaces, et je le crois pas.

Pourvoir des moyens et du matériel

Je crois savoir que les partis se financent de la manière suivante : par l’acquittement des cotisations des adhérents, par la quote-part prélevée sur l’indemnité des élus, et par les dons. Les cotisations et le dons donnent droit à abattement fiscal, ce qui participe indirectement du financement des partis et motive à leur verser une somme. En huit ans, je n’ai jamais eu de discussion sur cet cet argent au sein du parti que je fréquentais, je trouve cela surprenant. Cet argent sert à financer les activités du parti : immobilier, emplois permanents, communication, évènements, convivialité, et campagnes dans une certaine mesure. J’ai cru comprendre que les campagnes nécessitaient souvent le recours à l’emprunt par les candidats, et je ne sais pas dans quel mesure le parti contribue, il me semble que c’est au minimum pour fournir une attestation permettant le remboursement des frais engagés au nom de celui-ci. La comptabilité, les questions de propriété, ou les flux financiers entre niveaux locaux et nationaux me sont parfaitement inconnus. La gestion du risque financier en période électorale me semble la plus sensible.  Enfin, chose remarquable, le besoin d’équilibre entre charges et recettes n’arrive jamais à l’oreille des militants, alors que la structure peut perdre des élus, gagner ou voir disparaître des adhérents, et que ses ressources sont à la fois vitales et forcément déterminantes pour elle succès de l’appareil politique. Des rumeurs évoquent parfois la création frauduleuse de cartes d’adhérents pour donner corps à une sensibilité dans la vie démocratique interne [sic]. Je reste très circonspect devant la quasi absence de cette question lors de ces années où je fus simple observateur.

Contrôler les investitures et piloter les carrières

L’investiture, c’est quand le parti se porte garant du candidat et qu’il accepte d’en faire son champion. C’est la première cause qui porte un parti à la connaissance des électeurs, car il appose toujours son logo et sa couleur à côté du portait en bon père/bonne mère de famille de ses candidats. Il va sans dire que cette désignation n’a rien à voir avec le hasard, que c’est rarement une candidature spontanée, et que ce n’est pas non plus le fruit de longues discussions entre militants. De ma courte expérience en la matière, je n’ai jamais eu à dire ce que je pensais d’un candidat, à proposer des noms pour une liste, ou à commenter le choix fait par le parti. J’ai bien sûr dû voter (la palette de choix et les pronostics demandaient peu de talents arithmétiques), j’ai bien sûr assisté à la profession de foi d’impétrants très convaincus (parfois convaincants), mais c’était à mon sens déjà la dernière étape d’un long processus. La politique permet à ceux qui vivent pour elle d’en vivre, un peu comme l’artiste de son œuvre. Néanmoins, le bon goût veut que le processus de sélection reste feutré, appuyé sur l’évidence, et conforté par le poids du temps et de la notoriété, cela est pour moi discrétionnaire.

Un parti permet d’entériner ces choix. Ces désignations sont l’objets de débats, mais en comité généralement restreint, et elles sont toujours motivées par la juste rétribution de l’engagement. Le candidat perdant verra sa malchance récompensées par l’investiture suivante, le second couteau connaîtra les scrutins intermédiaires, le militants besogneux la fin d’une liste. ET, tout étant affaire de hiérarchie, les déçus du suffrage universel trouveront quant à eux consolation dans des postes partisans (dévaluant de même la valeur politique du parti). Enfin, les militants aptes et en quête de travail se verront offrir un contrat auprès d’un élu. Ces cycles de gestion se font évidemment aux rythmes des élections. Un tel système laisse les idées à d’autres considérations (au mieux ce sont les élus et leurs collaborateurs qui s’en soucient), il ne donne pas forcément voix au meilleur, il est peu ouvert, et il repousse aussi. La fermeture des partis est préjudiciable à leur raison d’être et même à la démocratie. Par cynisme, je dirais que les partis jouent le rôle d’une entreprise support des affaires courantes des élus qui leur témoignent leur confiance et leur sont redevables. Je crois pourtant que l’intérêt général doit être défendu directement par les personnes qui portent les idées d’un parti.

 

Tout semble tourner à l’envers, avec des élus concentrant leur emprise sur l’attelage militant et avec une crise de l’adhésion, on est en droit de s’inquiéter. Il est en effet alarmant que les structures partisanes prennent cette place, cela au détriment de la compétition pour l’élection et de l’attractivité de la vie politique. Aucune structure n’est éternelle, il revient aux personnes de les modeler.

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Naufrage de la politique en France

Nous sommes le 6 décembre 2015 entre 19h et 20h. Les résultats de l’élection régionale française seront bientôt connus. J’en profite pour retranscrire ce que je pense de l’actuel échec de la vie politique française.

 

La désaffiliation et le choix de ne pas prendre part

C’est une évidence, les français se désintéressent de la vie politique, en atteste la chute du nombre d’adhérents des partis, ou pire, la baisse dangereuse de la participation aux élections. C’est un choix qui n’est pas sans conséquences : les partis sont de plus en plus renfermés sur eux-mêmes, les élus apparaissent de moins en moins légitimes, les choix des représentants critiqués, et les électeurs déçus. L’extrême droite progresse.

Ceci est d’autant plus grave que, quoiqu’en pensent les mécontents, les règles du jeu démocratique font et défont le pouvoir et restent inchangées, qu’ils s’agissent des lois ou des conventions non écrites, elle ne changerons pas avec le désengagement des citoyens. Leur demande de participer n’étant entendable que s’ils s’en donnent les moyens par ailleurs, est-ce à dire qu’il faille leur donner tort ? La vie politique n’attire pas, l’irresponsabilité des citoyens ne fait pas tout, elle est peut-être même plus la conséquence que la cause du problème.

Professionnalisation, lobbying, spectacle

Il me semble que des phénomènes font structurellement obstacle à l’implication des citoyens.

La professionnalisation tout d’abord, c’est elle qui exclue les personnes qui ne se consacrent pas à la politique ou n’en tiennent pas leur situation. Qu’il s’agisse d’un savoir-faire, d’une formation ou de moyens pour décider, c’est ce qui fait que des sujets arides, techniques, se trouvent régulièrement colorés politiquement, qu’ils monopolisent un débat, clivent, et très souvent détournent d’eux ceux qui n’y entendent rien ou refusent de fonder des convictions pour ces thèmes souvent imposés par exagération. Être professionnel de la vie politique, c’est en vivre, c’est quotidiennement en faire son agenda, c’est, par contrat ou par mandat, avoir la sécurité d’occuper ce terrain et en faire son propre jeu.

La place du lobbying, ou des groupes d’intérêts, c’est l’existence de rapports de force pesants, omniprésents, ou envahissants, mais pourtant discrets et infiniment moins légitimes que la démocratie représentative. Le lobbying, c’est ce qui fait que des réformes échouent ou que des sujets majeurs demeurent intraités, c’est ce qui justifie des changements discrétionnaires, des demie-mesures, un « juste équilibre » jamais contredit. Le jeu démocratique occupé de petits arbitrages est ainsi bien trop vulnérable. Quoiqu’il demande du dialogue et l’écoute des corps intermédiaires, confondre la partie avec le tout, le particulier et le général, c’est corrompre le pouvoir qui a été confié et l’affaiblir de la même manière.

Le spectacle enfin, celui que pouvait le décrire un Guy Debord d’une critique pleine d’amertume : « Le spectacle est le mauvais rêve de la société moderne enchaînée, qui n’exprime finalement que son désir de dormir. Le spectacle est le gardien de ce sommeil. ». Combien de discours politiques paraissent faux, écrits pas d’autres, tout comme les livres, les courriers, les idées. Cette place disproportionnées laissée à la propagande, aux éléments de langage, ces mots magiques, falsifie et tue la médiatisation entre le citoyen et le poltique. Dévoyés, les logos, les visages, les noms, et même les idées servent de prête-noms, de symboles pour imposer le pouvoir. Les unes de journaux, l’actualité perpétuelle, le flux des réseaux sociaux donnent un sens fallacieux et une symbolique creuse à la vie politique, ceci au détriment de la réalité et des actions concrètes qu’attendent les citoyens.

La démocratie est le seul rempart au clientélisme et à la technocratisation

Les personnes qui s’engagent en politique ne sont pas malhonnêtes, elles doivent elles-même composer entre deux nécessités dangereuses pour la vie démocratique : le clientélisme et la technocratisation. Les trois phénomènes que viens de décrire ne sont pas des fatalités, mais ils nourrissent ces deux tendances dont la logique est étrangère à la démocratie et à l’intérêt général.

La technocratie désigne non un réel pouvoir des technocrates, mais plus souvent la caricature d’une administration en autonomie, livrée à ses mandarins en lieu et place des politiques démocratiquement élus. Le débat politique en pâti et voit se renforcer l’attention accordée aux experts, aux rapports, aux conseillers dont le rôle n’est justement pas de dire ce qu’ils pensent, mais ce qui pourrait être fait. Elle se renforce par l’absence de parler vrai (quand d’autres agissent vraiment) ou le peu de cas que font les partis de la formation de leurs adhérents.

Le clientélisme, c’est le fait de rechercher des soutiens sur un mode quasi féodal, pyramidal, vassalique. Ainsi, la politique conduit à nouer des jeux d’alliance, à s’assurer de ne pas être contredit, à pouvoir déléguer en parfaite confiance, à circonscrire tout pronostic d’investiture en sa propre faveur. C’est une méthode légale, mais dangereuse pour l’expression d’une démocratie sereine, car elle est faite de contreparties et de dépendances. Des organisations partisanes exsangues et au fonctionnement endogène ne sont plus à même d’offrir mieux que cela. En corolaire, leur isolement les conduits à s’appuyer plus fortement sur des professionnels, des groupements d’intérêts, et un écran de spectacle.

 

La démocratie prend du temps, demande des connaissances, elle exige de l’argent (pour faire campagne, pour s’engager sans dépendre de celui des autres), elle demande aussi qu’on en parle vraiment et n’est efficace que lorsqu’elle est largement partagée. Je souhaite que mes concitoyens  s’en soucient et fassent les efforts qui s’imposent, sans quoi la crise politique que nous traversons deviendra un jour une crise démocratique.

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La profession d’urbaniste face à un tournant ?

La pratique, les objets et les sujets de ce qui compose l’environnement professionnel de l’urbanisme sont des questions bien documentées, difficile d’en dire autant de la profession. Le Collectif national des jeunes urbanistes (CNJU) soutient un engagement collectif pris au corps par la génération présente des jeunes urbanistes de France. La raison de cet engouement n’est cependant pas heureuse : les urbanistes ne bénéficient pas d’une structuration professionnelle acceptable. D’une logique partant de la formation vers l’emploi, les jeunes urbanistes entendent faire évoluer cette situation de déprise. Pour y revenir, il suffit de s’attarder sur les points de blocage à l’œuvre.

Il faut tout d’abord citer le blocage de l’accès au cadre technique de la fonction publique territoriale, quel que soit son niveau. Cette situation inquiétante entretient une confusion de taille, seuls peuvent concourir les candidats issus d’une formation technique : ingénieurs, architectes, paysagistes, géomètres. L’amalgame a bon dos, toute personne un peu au fait de ce en quoi consiste l’exercice professionnel ne saurait défendre raisonnablement que l’on puisse assimiler le génie urbain ou l’architecture à l’urbanisme. Ces approches ont leurs filiations, elles n’en sont pas moins radicalement différentes, il est surprenant que la puissance publique accepte qu’une telle usurpation puisse nuire à la conduite de ses politiques urbaines. Les choses sont aussi incompréhensibles au niveau de la fonction d’Etat où le corps des architecte-urbanistes renvoie une image tronquée de ce que sont réellement les urbanistes.

On peut espérer que le législateur aborde cette problématique avec bon sens, trente ans après le premier acte de la décentralisation, il serait temps que la formule tautologique « approche territoriale de l’urbanisme » n’ait pas besoin d’être énoncée pour expliquer simplement ce que sont les politiques d’urbanisme. Comme si la musique avait besoin d’une approche musicale. Le rapport récemment rendu par le sénateur Pierre Jarlier va dans ce sens. Second point, les urbanistes ne bénéficient pas de représentation professionnelle digne de ce nom. Il n’y a donc pas d’institution à même d’assurer une représentation reconnue, le gâchis commence dès l’élaboration législative à laquelle les urbanistes n’ont pas été conviés jusque-là, au contraire des corps évoqués précédemment. Le CNJU a interpellé en 2009 soixante-treize élus et parlementaires et a obtenu en cette fin d’année 2012 de s’entretenir avec les Ministères concernés : l’Egalité des territoires, la Décentralisation et la réforme de l’Etat, et l’Enseignement supérieur et la recherche. Les choses évoluent car un dialogue se construit en toute transparence.

Troisième point, l’urbanisme a fait l’objet de si peu de considération que les statistiques publiques sont incapables de fournir des chiffres sur la profession, quant à l’Agence pour l’emploi des cadres, elle n’est pas en mesure de fournir des entrées correspondant aux métiers recherchés. Avec de telles lacunes, on comprend sans difficulté qu’il faille user de pédagogie pour expliquer en quoi consiste le métier et d’où viennent les manques. Faute d’existence à ce niveau, l’urbanisme se résume à de la littérature grise, à des discours et à des études techniques. Le CNJU a entrepris une enquête sur l’insertion professionnelle ; à défaut d’être statistiquement irréprochable, celle-ci plus que toute argutie démontre l’existence de la profession au niveau national.

La France souffre d’un système d’enseignement supérieur à deux vitesses, cruellement cloisonné entre grandes écoles et universités, rares sont les formations qui y dérogent. Les formations en urbanisme y parviennent, les écarts entre les deux mondes y sont moins grands qu’ailleurs. La première force de ces formations réside dans leur approche professionnalisante et non exclusivement tournée vers la recherche et l’érudition disciplinaire. Le détail n’est pas anodin. Alors que le Ministère en charge de l’enseignement supérieur entend réformer l’architecture « baroque » des diplômes universitaires, le CNJU a recensé l’ensemble des formations prétendant former à l’urbanisme. La liste est foisonnante, les dénominations variées, les cadres d’enseignement nombreux, il en ressort un manque de visibilité des diplômes. Les instituts d’urbanisme mis en réseau par l’Association pour la promotion de l’enseignement et de la recherche en urbanisme et aménagement portent en eux un part de la solution. En procédant d’une démarche qualitative, mêlant approche pluridisciplinaire, stages et ateliers professionnels et un fléchage très clair des débouchés, ces formations devraient inspirer la puissance publique.

Notons néanmoins un fait de taille, la reconnaissance effective de la profession passera notamment par la qualification des diplômés. Aujourd’hui, 728 personnes en France sont qualifiées. Sans compter les lacunes évidentes du dispositif porté par l’Office professionnel de qualification des urbanistes, il est indubitable que cette qualification peut mieux faire. Le CNJU propose de faciliter la qualification des urbanistes en labélisant les diplômés ; il n’a pas capacité à mettre en place cette démarche, mais il propose un projet fort dans lequel toutes les parties ont à gagner : visibilité des formations, clarté pour les recruteurs, structuration de la profession, gage de qualité et d’insertion professionnelle. An niveau européen, le Conseil européen des urbanistes tente lui aussi de construire une accréditation pour favoriser la reconnaissance et la mobilité professionnelle des urbanistes d’Europe.

Il tient de l’évidence que la réduction du gouffre entre le monde professionnel et le monde de l’enseignement est un enjeu de société, des outils comme les annuaires de diplômés, la formation continue et la promotion de formations qualifiantes pour tous sont des solutions à même de soutenir une offre adaptée pour tous les jeunes aspirants.

Le CNJU publiera cette année son Livre blanc pour la profession d’urbaniste. A l’heure de l’acte III de la décentralisation, de la mise en place du Grenelle de l’environnement, de l’annonce d’une politique ambitieuse pour l’enseignement supérieur, et d’une crise sans précédent qui touche nos territoires, ces propositions viseront à interpeller nos institutions sur la nécessité de reconnaître les agents des politiques publiques décentralisées.

À lire sur la profession et les politiques d’urbanisme

Projets et rapports du CNJU sur jeunes-urbanistes.fr

Charte du Conseil européen des urbanistes sur Ceu-ectp.eu

Rapport d’information sénatorial sur l’ingénierie en matière d’urbanisme, dirigé par le sénateur Pierre Jarlier, 2012

Le métier d’urbaniste, domaines d’activité, fonction et compétences, Office publique de qualification des urbanistes, 2006

Renforcer les formations à l’urbanisme et à l’aménagement, rapport Frébaut-Pouyet pour le ministère de l’enseignement supérieur, 2006

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Sexe et politique, faux débats dans une République sacralisée

Les deux années passées ont offert des débats politiques qui n’auront pas manqué de donner une résonance accrue aux questions de genre ou de sexualité. Les trois évènements majeurs auront été l’affaire new-yorkaise de Dominique Strauss-Kahn, la création d’un ministère du droit des femmes et la polémique autour du projet de loi ouvrant le mariage aux couples homosexuels. Ces trois évènements donnent tout à tour l’occasion de faire ressortir le caractère sacré de la vie politique française et son conservatisme inhérent. Dans une période de profonde crise économique, il est bien dommage que les esprits laïques ne s’élèvent pas avec plus de fermeté contre cette perte d’énergie devant les priorités conjoncturelles.

Sur l’affaire DSK, on peut tirer d’un seul trait la question de savoir la dimension politique : lors d’une conférence, le philosophe et psychanalyste Jacques-Alain Miller exprimait simplement pour parler de la libido que « on parle à un niveau qui n’est pas exactement celui de l’urne » et que d’une même manière « l’exigence pulsionnelle ne peut avoir lieu place des Vosges ». On voit clairement ce qui est dit : le droit ne légifère pas sur ce qui concerne le désir, même dans sa dimension performative, celui-ci ne régule que les actes rentrant en contradiction avec le droit. Dans cette perspective à quoi bon ergoter sur la libido d’untel : si la justice est saisie, celle-ci se prononce, sinon la polémique n’a de raison d’être que pour créer un exemple. L’exemplarité tient d’avantage de la croyance que du droit, le droit n’est pas un code de conduite comme le sont les textes dans la religion du livre. Pour reprendre une intervention télévisée de l’écrivain Philippe Sollers, la presse a orchestré le jugement moral d’un monarque républicain, et non d’un citoyen. Telle un exemplum (récit à valeur salutaire et juridique), le corpus médiatique qui a consacré la morale politique pour une affaire de mœurs, répondait d’avantage à l’envie d’une société rongée par ses obsessions normatives, que par un besoin d’information. Pour aller plus loin, la polémique a ainsi éloigné de la politique l’homme qui ne pouvait plus concourir sous les apparences de la République. Une histoire d’argent n’y serait pas aussi bien parvenue, en France les preuves de malversation sont moins ardemment étalées que les rumeurs de mauvaises tenues.

Le ministère du droit des femmes a une mission tout à fait justifiée : réduire les inégalité structurelles dont les femmes sont victimes en France. Qu’il s’agisse d’une moindre disposition des cultures professionnelles à accorder des postes à responsabilités et des salaires en conséquence, de la prostitution, de la violence conjugale ou de la parité aux élections. Pour l’illustrer simplement, l’UMP a préféré payer 5 millions d’euros de pénalités que de l’appliquer aux dernières élections législatives. Tout ceci est bien, aussi bien qu’il est normal de condamner untel s’il a violé la loi par ses actes sexuels. Fait marquant, le ministre (oui, car la fonction n’a pas de sexe) en charge de ce portefeuille a déclaré vouloir abolir la prostitution. À la manière de l’esclavage maintenant révolu sans que soit mise en question le caractère servile de certaines conditions de travail contractuel, la prostitution disparaîtrait du territoire français, ce serait moralement une bonne chose. Mais cherche-t-on à préserver la morale ou les conditions de vie des femmes ? En s’attardant sur ce cas, on aperçoit deux autres problèmes : la lutte contre le crime organisé (compétence de la police) et la précarité sanitaire des ces personnes (compétence de la santé). Il serait alors plus logique de procéder à la mise en place d’une politique de lutte contre le proxénétisme, laquelle ne devrait malheureusement pas se cantonner à la frontière française, et à une politique de prévention attentive pour accompagner les hommes et les femmes exposés par la prostitution. Une chose a été écartée, la possibilité de contractualisé et d’encadrer dans le droit l’exercice de la prostitution. Aussi intolérable que le cannabis lorsqu’on le considère uniquement comme un produit récréatif et non sous l’angle de la politique sanitaire, on n’ose pas sortir de la posture prohibitionniste dont la vision à court terme interdit tout simplement des avancées notables dans la régulation du problème posé par la drogue. Sur les bancs de l’amphithéâtre de la fac d’histoire, on vous explique que la prostitution en ville au Moyen-Âge participait d’une certaine régulation de l’ordre moral et bénéficiait d’un encadrement plus respectable que la pègre de nos contemporains. L’égalité des droits passe d’abord par des politiques publiques efficaces, à commencer par les discours.

Pour finir avec le mariage ouvert aux homosexuels, qu’on se le dise également, le législateur va simplement proposer une égalité de droits aux individus souhaitant se marier, sans porter attention à leur préférence sexuelle. S’il est évident qu’en évacuant du droit, le grand livre républicain évacuera de ses tables l’exclusivité confortant l’image de la famille hétérosexuelle monoparentale des religions du livre ce ne sera pas un mal ! C’est bien pour cette raison que l’opposition farouche à ce projet de loi se retrouve essentiellement dans les porte-parole de l’ordre religieux. Le mariage est le seul contrat garantissant un régime d’union fort et peu coûteux pour tous les couples souhaitant en faire la démarche, ce n’est pas un sacrement, mais un contrat solennel. Cette fois, la République indivisible, laïque, démocratique et sociale marque son territoire.

Entre la chute du roi, le culte de l’être suprême et l’article premier de la constitution, une curieuse filiation demeure.

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Les associations, palliatifs à la crise de l’Université ?

J’ai découvert l’engagement associatif à ma cinquième année dans l’enseignement supérieur, expérimentant tardivement ce système de solidarité. Sans avoir souffert de solitude, force est de constater que les cours en eux-mêmes s’étaient révélés incapable de recréer la camaraderie parfois présente à l’école. L’Université française propose aujourd’hui de piètres solutions pour la mise en relation de ses étudiants, les bancs des universités, plus encore que ceux de l’école, sont malheureusement incapable de pallier à l’anomie de l’encadrement. Les associations se révèlent alors les seules structures à même de corriger cette précarité relationnelle. Sans chercher à donner une approche exhaustive du problème, ce billet d’humeur se borne à souligner l’apport fait par la vie associative, dans ses limites et ses possibilités.

Il est question ici de parler de la socialisation comme un processus civique, et non de réussite individuelle. En effet, réussir à l’Université demande simplement de travailler, les examens ne demandant pas d’avantage. On objectera cependant que certains facteurs sont des leviers particulièrement discriminants : puissance du réseau familial et solidarités militantes d’une part, obligations contractuelles et isolation sociale d’une autre contribuent fortement à forger le climat d’insertion de l’étudiant. Ces facteurs, très certainement décrits dans la littérature savante, comptent d’ailleurs parmi ceux qui peuvent influencer les choix contraints du cursus post-bac : prix de l’école, connaissance de la carte scolaire, mise en relation pour la recherche de stage ou d’emploi, assimilation de la culture générale requise, adéquation de la vie privée avec les contraintes de la vie professionnelle. Dans un système utopique, les centaines d’étudiants qui s’assoient chaque année sur les bancs de l’université le seraient également sur un potentiel social phénoménal : nombre de rencontres accrues, partage de savoir largement offert, ouverture d’esprit par la proximité des autres disciplines, émulation décuplée par la camaraderie. Or il n’en est rien : les étudiants ne se connaissent pas, les cours sont simplement didactiques et l’entraide se réduit à un tutorat de bonne conscience. Ce dernier dispositif, peu connu, rarement suivi en masse, trouve probablement son plus grand succès dans les études de médecine où la compétition fait rage. Que font les étudiants ? Ils échouent dans des proportions statistiques à la première année, à la différence des étudiants de classe préparatoires et de grandes écoles.

Qu’est-ce qui ne va pas ? L’université est incapable de créer un sentiment d’appartenance la fac ne sait pas fonctionner en réseau, les diplômes ne portent pas la valeur ajoutée de l’établissement. Hormis en droit, en médecine, en pharmacie, où l’esprit de corporation est sans doute rester plus tenace par la tradition libérale de ces enseignements, le sentiment d’appartenir à une formation reconnue ne semble pas se faire. Les associations offrent la possibilité aux étudiants d’y parvenir, c’est le cas des corporations, le cas des syndicats, le cas des bureaux d’étudiants. Pour revenir sur ces trois catégories. La première est héritée de l’histoire de l’université, le corporatisme comme son nom l’indique colle à l’idée que le corps s’identifie en l’occurrence à sa formation. Le processus a des effets vertueux, mais sa dimension endogame n’est pas en revanche un gage d’ouverture et de réciprocité. Les syndicats ont une raison d’être tout à fait légitime qui est celle de représenter les étudiants et de faire valoir leurs droits, ce qui favorise l’intérêt général des étudiants dans les instances représentatives. La légitimité est celle du vote, le mode de fonctionnement celui du clivage, la corrélation de la construction personnelle et de la représentation politique confère à ce type de structures un parfum de carriérisme — une remarque qui vaut malheureusement pour la vie politique en général. Entre la corporation et le syndicat existent les fédérations étudiantes, si leurs objectifs sont d’une bienveillance parfaite. Il faut cependant noter que leur rejet du parti pris et leur légitimité de terrain conduit parfois à neutraliser l’objectif de représentation politique et leur capacité de fédération. Dans l’exagération, les bureaux étudiants ne se préoccupent pas de la formation et ne s’intéressent pas non plus aux conseils, ils sont en accord avec le principe d’animation de la vie étudiante. Le problème de l’animation en soit, c’est que la beauté du geste se perd à ne plus chercher d’ancrage, la raison existentielle qui fait un étudiant se sont ces études.

D’autres types d’associations ont émergé, articulant utilité et mise en relation, études et réflexes professionnels. À la différence des structures évoquées plus haut, ces associations tiennent un discours sur l’insertion professionnelle des étudiants et fournissent également des outils pour appuyer les projets des étudiants. Le problème de l’étudiant c’est de savoir se penser et penser son environnement pour pouvoir ensuite aller sur le marché du travail, en revanche, elles ne gardent pas pour perspective un seul objectif : une majorité politique, une représentation de filière, le divertissement, etc. Pour offrir le nécessaire, les associations estudiantines doivent permettre aux étudiants de se saisir eux-même et d’abolir les frontières entre la formation et le monde professionnel. Le dépassement de la formation en soi, l’aide à la mise en pratique de savoir, le montage de projets, la mise en réseau, la structuration des filières sont autant d’appuis utiles que les associations peuvent fournir à l’Université.

Le modèle de l’enseignement supérieur est sclérosé et doit se saisir : didactisme des cours, manque d’encadrement, atomisation sociale des étudiants, formations aussi peu structurées que les intitulés de diplômés (qualifiés de baroque par Madame la ministre). L’université a pourtant des enseignants très compétents, des locaux en nombre et un système de partage de connaissances performant. Avec des budgets par têtes ridicules comparés à la conférence des grandes écoles, l’université parvient à former. Pour qualifier les étudiants, il lui peut-être à réduire son approche de la professionnalisation par la recherche (qui a cependant des besoins) ou sa sur-spécialisation disciplinaire (qui fait l’excellence de ses enseignants mais désarme les étudiants d’outils d’adaptation), mais surtout offrir aux étudiants un vrai cadre de construction professionnel.

Au delà, les bases d’une vie professionnelle construite dans le cadre d’un engagement associatif sont favorables à la formation de futurs citoyens. Pour autant qu’il n’est jamais désintéressé ou infructueux, le temps accordé pour ces activités n’en reste pas moins bénévole, socialement ouvert, et humainement utile.

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Pouvoir et urbanistes

« Aujourd’hui l’urbaniste est une figure située inévitablement entre l’éthique du pouvoir et la recherche d’une vérité partagée. Il n’est pas surprenant que certains urbanistes cherchent à se soustraire à l’inconfort de cette position. Ils se réfugient alors soit dans la description pure de l’état des choses soit dans la spécialisation sur des aspects particuliers. Ce n’est pas surprenant qu’ils renoncent à une dimension imaginative et projectuelle ou qu’ils l’interprètent de manière réductrice en l’assimilant à une simple procédure, à une action militante, à une sorte de mission, à un contre-pouvoir. » Bernardo Secchi, Première leçon d’urbanisme, Parenthèses, 2006.

Tout est dit sur l’ambivalence du rapport des urbanistes au pouvoir.

Tendus entre pouvoir et savoir, les urbanistes sont en proie à une confrontation permanente de la théorie à la pratique. À l’occasion de la publication du livre sur le centenaire de l’urbanisme par le Conseil européen des urbanistes au Comité des régions de l’Europe, le professeur Louis Albrechts faisait lecture de sa contribution. Un point intéressant concernait l’énonciation claire du pouvoir de l’urbaniste, cette autorité provenant tout simplement de son savoir et de sa capacité à orienter des choix. On peut néanmoins s’interroger sur la nature de ce pouvoir, posant la question au professeur, celui-ci répondit qu’il tenait tout simplement dans le conseil que l’urbaniste apporte au politique. Simple conseiller du prince ?

Une lecture possible serait celle de la subversion. Donnant une conférence à Lille pour la sortie de son livre sur Les territoires de l’urbanisme, Paola Viganò faisait état de la capacité des habitants à produire une appréciation sur le territoire (ségrégation, réaction sensorielle, loisir). Cette vision justifie pleinement la capacité de l’urbaniste à produire de la connaissance sur le territoire. L’explicitation des lieux n’est pas seulement basée sur un catalogue d’appréciations, mais à ce titre, le cadre de vie apparaît bien plus clairement qu’à l’aune d’une modélisation scientifique, ou à l’aide d’un subterfuge créatif. Le premier pouvoir de l’urbanisme, c’est de produire une connaissance subversive du territoire. Les écrans à travers lesquels nous montrons l’espace ne seront jamais mieux représentés que par eux-mêmes.

On a parlé des habitants, ceux-ci ne sont jamais oubliés des urbanistes qui plaident sans lassitude pour plus de participation. Les sociétés dans lesquelles les urbanistes ont la possibilité d’exister reposent pourtant sur un paradigme démocratique, c’est très probablement l’une des conditions ! Pourquoi alors réclamer aux citoyens de se prononcer d’avantage ? Les raisons ont plein de bon sens : crise de la représentation politique, ajustement des choix micro-locaux, domaines non couverts par le débat électoral, insécurité juridique, etc. Mais si l’on considère que le système politique tient ses promesses, ce serait donc sa bonne tenue et non la soupape de sécurité de la consultation qu’il faudrait invoquer. Les normes viennent aujourd’hui complexifier à l’extrême les procédure, inutile d’y chercher du bon sens, la réponse est dans l’intérêt général. Les urbanistes ont notamment le pouvoir de plaider pour des projets de territoire et non des normes de contrôle, si l’on recourait d’avantage à la sanction politique, on ferait le pari salvateur de réanimer l’engagement citoyen.

On méconnait à tort le rapport de la politique à l’individu, et c’est à ce titre que l’urbaniste en tant que praticien, l’urbanisme en tant que discipline, se heurte à un rapport au pouvoir insolvable. Sans prétendre ni donner des solutions ni maîtriser pleinement les théories empruntées, il est pourtant possible de faire des choix :

Oriol Clos (directeur de l’Agence d’urbanisme de Lille métropole), lors de la conférence de rentrée 2012 de l’Institut d’urbanisme de Lille, discutait avec simplicité de ce qu’était simplement l’espace urbain, montrant que les enjeux de la pratique se situaient là où cet espace pouvait se caractériser, ou au contraire manquait. On voit là que le manque peut signifier en urbanisme, quoi qu’il en soit, l’urbaniste devra toujours définir un territoire pertinent et orchestrer des perturbations utiles à la société.

L’urbaniste travaille avec le langage, le discours intelligible qu’il produit est un pouvoir. Pour reprendre la formule de Jacques Lacan « le style c’est l’homme à qui l’on s’adresse », mais qu’est-ce que le style sinon un pouvoir particulier attribué au langage ? La force du discours des urbanistes augmente plus elle sort du domaine technique, plus elle s’écarte de la discussion savante, plus cible efficacement l’objet spatial dont elle fixe les possibilités prospectives.

La vraie difficulté des urbanistes se situe dans leur position, celle de devoir toujours composer entre science, pouvoir et profession. La profession est jeune, sa complexité est grande, mais la connaissance de ces points ne doit pas l’empêcher d’exercer, de se structurer, et de se saisir. Au bien commun répond le sens commun.

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A posse ad esse non valet consequentia

« De la possibilité d’une chose on ne doit pas conclure à son existence. »

L’urbanisme existe, qu’en voit-on ?

La ville peut ne pas exister

La ville est un produit humain qui marque l’espace. C’est probablement la chose la plus élaborée que des civilisations aient su porter, elles en furent tout autant le support. La ville a un visage, elle a aussi une âme, celle issue du sens que les hommes ont donné aux choses qui la composent. Si la ville n’existait pas, l’urbanisme n’adviendrait pas. Alors, dira-t-on, il y aurait l’aménagement. Mais ce serait inexact, car la ville est et on n’y peut rien. Sans une société structurée de manière à nécessiter en un lieu l’existence du travail, l’idée même d’ordonner dans le temps et l’espace ne serait qu’une contingence parmi d’autres. Invoquer la campagne comme autre dimension reviendrait à nier l’existence du système tout entier qui a amené à sa définition, celui du fait urbain.

La politeia (du grec : la politique prise comme à la fois un pouvoir et un espace issus d’une société) lorsqu’elle ordonne les systèmes urbains par ses gesticulations, dessine la ville dans les normes qu’elle produit, elle ne lui insuffle pas pour autant la vie.  Encore une fois, une éthique dominante – le droit – ne saurait émerger sans société pour la partager. Celle-ci ne saurait pas non plus avoir force à donner une seule conduite de la ville : les régimes totalitaires produisent des villes sclérosées. N’oublions pas que la ville est consubstantielle à la cité, et que de celle-ci jaillit l’entité politique en mesure de pourvoir l’urbs en agents capables d’intervenir, en tout cas dans les pays développés à l’occidentale. Les aménagements aveugles qu’ils font accoucher ne produisent pas de ville, ils recherchent une image, le regard détourné de l’espace urbain.

L’urbanisme n’est ni un art ni une science

Une définition de la ville reposant sur la caractérisation d’un objet physique conçu par l’homme porte un postulat discutable : celui de croire que la chose complexe que l’on appelle ainsi soit le fruit d’un génie ou d’un acte créateur. Ces deux compréhensions extrêmes qui sont celles de l’art et de la science ne sauraient être entièrement vraies. En effet, l’ingénieur le plus complet, fut-il éternel et sans limite tel le Léviathan de Hobbes, ne saurait reproduire ce que nous appelons les villes. La ville de la science, le phalanstère ou la ville nouvelle est une fausse ville voir une anti-ville, car elles croient maîtriser le discours qu’elles ne font qu’imiter.

L’art d’édifier, s’il nourrit la réalité qui est celle d’avoir des hommes projetant leur désir de sens dans des formes, il ne retranscrit pas là toutes les interactions qui contribuent à former le langage des formes urbaines. En effet, on ne saurait dire que ces projections d’idéaux esthétiques, se limitent à comprendre le langage de la ville dans un seul sens et nécessairement à travers le seul aspect formel. L’architecte le plus surprenant de projections libidinales et de notoriété ne fera jamais que dessiner, car « les relations formelles dans une œuvre et entre les œuvres constituent un ordre, une métaphore de l’univers » (FOCILLON, Henri, Vie des formes, 1943, Paris, PUF, p. 3)

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L’ingénieur et l’architecte, ne font pas la ville par leur alliance, ils lui apportent des solutions à travers les faire et les logiques de leur métier.

L’urbanisme est une pratique

L’urbaniste trouve sa raison en répondant à la question de sa place dans le fait urbain, dans son langage. Le discours de l’urbaniste se décèle dans la configuration suivante : tourné vers la ville, il concoure à lui en donner l’âme, au prix d’un travail sur les émanations de la ville. En discourant sur la ville dans sa pratique, l’urbaniste contribue à la production de sens sur l’espace urbain, son travail ne se vérifie pas par des substituts fallacieux de celui-ci. C’est en construisant des choix partagés que les urbanistes exercent. Ces déséquilibres assumés sont le fruit d’une discussion entre les formes urbaines, le temps, l’espace, les citadins, la science, la norme, l’esthétique, et par dessus tout les significations que donne l’ensemble des manifestations urbaines. Les urbanistes remplissent leur mission de praticiens.

L’urbanisme n’a jamais été une science fondamentale, en France elle est le fruit d’un mélange qui a trouvé par nécessité la réponse à la complexité. L’urbanisme n’a jamais été rattaché à la physique, au dessin, au droit, ou encore à la géographie, sœur émancipée de l’histoire. Curieuse coïncidence que la discipline de l’espace, qui côtoyait autrefois plus intimement celle du temps des faits ait engendré plus qu’une science humaine, une pratique presque emblématique de ce que l’on appelait autrefois plus justement les humanités. Ainsi nommée, toute science humaine n’est pas accusée par son intitulé de manquer de savoir, elle est au contraire justement replacée dans son rapport à l’analyse des faits humains.

Une grande objection demeure à ce tableau : si l’urbanisme a sa place, d’où vient-elle ? Nos sociétés ont le plaisir de pouvoir solliciter l’écoute de l’espace urbain, elles ont aussi le luxe de vouloir en penser la pratique. Le temps passe et l’ordre mondial aidé de la science n’a pas encore organisé la résilience de ses réalisations inhumaines. L’urbanisme n’apporte pas des médications, il concrétise des choix.

Paysage anthropomorphe, Maître anonyme des Pays-Bas méridionaux, (2nde moitié du XVIe siècle), Musée Royal des Beaux Arts (Bruxelles)

Paysage anthropomorphe, Maître anonyme des Pays-Bas méridionaux, (2nde moitié du XVIe siècle), Musée Royal des Beaux Arts (Bruxelles)

 

Quelques ouvrages ayant inspiré ce billet

  • AUGÉ, Marc, Non-lieux, Introduction à une anthropologie de la sur-modernité, La tour d’Aigues, 1992 — (sur l’espace urbain et son contraire).
  • BARTHES, Roland, « Le mythe aujourd’hui » in Mythologies, Paris, Seuil, 1975. — (sur le système sémiologique signifiant/signe).
  • MORIN, Edgar, Introduction à la pensée complexe, Paris, Seuil, 1982 — (sur la complexité).
  • LACAN, Jacques, « Qu’est-ce qu’un tableau ? » in Le Séminaire, Livre XI, Paris, Seuil, 1964. — (sur la perception, la représentation).

 

 plaidoyer pour la pratique ; article publié dans la revue Lâme Urbaine n°4 (2012)

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Pratique et urbanisme, billet d’humeur

Quelle belle affaire que l’urbanisme, discipline qui fait rêver sitôt que l’on songe au sujet auquel elle se rapporte, la ville, l’urbs, lieu d’expression de tant de civilisations. Lors d’une discussion sur les études, il est souvent bien malaisé de décrire sommairement une pratique, un métier que l’on voudrait pour réaliser une vocation. On invoque donc couramment des vocables englobant la ville : le développement durable ! la ville verte ! les transports aussi ! pourquoi pas la gouvernance ! Loin d’être une science empirique décryptant les règles du phénomène urbain, nous avons affaire à une science praxéologique, c’est-à-dire dédiée à l’analyse de l’action humaine, ce par une pratique faite d’aller-retour entre le réel et les modèles explicatifs fournis par les sciences sociales. À l’image de l’Histoire qui mobilise les capacités herméneutiques et heuristiques de différentes disciplines pour interroger les traces laissées par le temps, l’urbanisme va à la rencontre des savoirs disponibles sur la ville.

Cette posture n’est pas sans incidence sur la profession qu’exerceront les aspirants urbanistes, car la pratique ne sera jamais bien conduite que lorsqu’elle traduira en action le fruit de cette pensée, formée de l’expérience et de la maturation de savoirs. Ne pourrait-on pas alors parler d’engagement pour la ville ? Dans un contexte sociétal où l’abstention l’électorale prospère comme l’aspiration à la démocratie participative, on comprend mieux en ces termes le rôle indispensable à la société de cette praxis de la ville. Qu’en est-il alors du gouvernant, n’est-ce pas lui à qui incombe cette tâche difficile de faire triompher l’intérêt général au sein des villes ? Nous aurions un urbaniste au service du prince ? La formule est bien grandiloquente avouons-le, mais elle enferme en elle bien des enjeux s’opposant à l’esprit critique du futur praticien.

Illustrons un peu. On parle souvent de geste architectural, de langage architectonique, mais qu’est-ce donc que ce langage sinon l’expression d’un pouvoir symbolique dans la cité ? « Les discours ne sont pas seulement des signes destinés à être compris, déchiffrés, ce sont aussi des signes de richesse destinés à être évalués, appréciés et des signes d’autorité destinés à être crus et obéis. » (Pierre Bourdieu, Ce que parler veut dire, Paris, Fayard, 1982). Que l’on pense au Paris d’Haussmann, le pouvoir fut celui des classes dominantes, que dire aujourd’hui des écoquartiers ? La ville n’est plus un point à relier au pouvoir central, moins encore seule avec son arrière pays, elle participe maintenant d’une économie mondialisée, dont les modes de consommation de l’espace se diffusent à toutes les échelles. Crise environnementale ou mutation du mode de vie, le branding écoquartier, comme le monumental estampillé (De Portzamparc, Nouvel, Koolhaas et consorts) ne sont pas sans analogie avec des mises en scènes urbaine éloignées dans les siècles.

La sécurité par la résidentialisation d’un côté, l’ouverture sociétale d’un autre, la ville se prête aux les contradictions offertes par la nécessité. Qu’on pense encore à l’urbanisme coercitif pour empêcher les indésirables ou aux réalisations d’infrastructures et d’équipements que l’on appelle toujours plus structurants. Par delà le beau et l’efficace, n’oublions pas que la ville est avant tout l’expression d’une vie plutôt que son fondement. Laurent Théry, grand prix d’urbanisme 2010, parle de maïeutique préalable au projet urbain, le terme est sage si l’on se garde d’en revendiquer la paternité !

 à la découverte de la profession ; article publié dans la revue Lâme Urbaine n°3 (2011)

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